On peut appeler ça le destin. Un signe des dieux. La première étape d'un plan machiavélique décidé à l'avance par des entités mystérieuses. Ou juste une putain de coïncidence.

 

Mais le jour où tout a commencé, ce weekend-là, à ce festival, là où a commencé l'amour, la liberté, la peur, les questions sans réponses et les doutes sans fin, là où a commencé la vie, à cet exact endroit, à cet exact moment, étaient présentes deux autres personnes, deux hommes, qui allaient marquer mon existence, aller et venir, au fils des mois, des années, pour finalement faire mon education sentimentale, amoureuse, sexuelle... -et de tout ce qu'une fille a besoin de savoir!- au cours des sept années suivantes.

 

Je les garde, tous les deux, dans un petit coin de mon coeur, comme une vieille femme nostalgique, des fois je me demande si ça a vraiment eu lieu, puis je repense à un détail en particulier et je rigole. Ca a effectivement bien eu lieu. Aussi fou que cela puisse paraître. Je continue de les aimer. Pas d'une façon amoureuse mais tendrement, parce qu'ils font que je suis qui je suis.

Parce qu'à un moment donné, je me suis trouvé dans une chambre d'hotel, me battant pour soutenir mon propre regard dans le mirroir de la salle de bain, après mettre maquillée pour qu'Il me remarque. Parce que j'ai voulu être belle pour Lui, à en crever. Parce que la confiance en soi, l'assurance, ça s'apprivoise. Des tonnes de mascara, durant des mois, pour que finalement, le soir de mes 20 ans, dans un parking, il avoue me trouver "sensitive". Des semaines pour comprendre ce que cela veut dire et un rire nerveux quand on repense au maquillage, à la mini-jupe et à toutes ses choses qui ne servent à rien.

 

Deux hommes, deux amours.

Le premier était bassiste dans un groupe qui n'existe aujourd'hui plus.

Je ne lui en veux pas. J'ai pleuré, j'ai crié dans des oreillers, je me suis sentie môche, grosse, inutile, trahie même. Mais je ne lui en veut pas. Parce que j'ai franchi des frontières, des limites, j'ai rencontré des gens, je suis allée au bout du monde, pour lui, avec lui. Et le bout du monde était incroyable. Quand j'y suis arrivée, il n'était plus là, mais ce n'était plus vraiment lui que je cherchais.

Il était gentil et maladroit. Et si je ré-écoute son premier album, j'ai, à nouveau, 16 ans, sautant sur le canapé, les bras en l'air. 16 ans pour le reste de ma vie. Il n'est peut-être pas le premier que j'ai aimé, mais il est le premier que j'ai cru aimer.

 

Le seconde, également musicien, chante dans un groupe que j'ai commancé à écouté quand j'étais gamine. Vraiment gamine. 13-14 ans.

On est fan, puis un jour un concert, puis un peu ami, puis on commence à entendre sa voix ailleurs que dans le haut-parleur de la chaine hi-fi, mais directement au téléphone, un peu comme dans un rêve. Mais en même temps c'est pas si bizarre, c'est même plutôt simple. On discute, on rigole, on propose qu'on se revoit. Encore une fois. Puis on se dit qu'on a plus 20 ans ( mais 22, si ça c'est pas la maturité!) et qu'on ne court plus les afters de concerts. Même qu'il fait jour et que c'est dans un musée qu'on s'embrasse pour la première fois. Pas dans un tour bus. On se dit qu'on est peut-être amoureuse. On y pense. On y réfléchit. L'idée fait sourire, le soir, avant de s'endormir. On ne joue plus, on vit. C'est doux et extrêment réel à la fois. Pour la première fois, peut-être.

Je ne l'écoute plus que dans les trains, les métros ou les bus. Quand tout va vite, que les paysages défilent et que personne ne sait. Il est mon secret, plus beau que triste. 3 minutes 30. Et je reprends ma vie, celle que j'ai choisi.

 

C'est un peu comme si rien n'avait compté avant ce jour-là. Cette rencontre. Ces trois rencontres. L'inconnu et la virginité. Le bassite, la passion et la folie. Le chanteur et l'amour réfléchi, posé, je dirais même "adulte" si je n'avais pas peur de sonner vieille conne.

Tout ce que j'avais vécu avant avait uniquement servi à ce que j'arrive dans ce parc de Saint-Cloud, à la fin de ce mois d'aout 2006. Tous les personnages étaient réunis. La première page du roman pouvait être noircie. Le rideau pouvait être levé et l'Acte 1 commencé.

Action!