Bon après l'humiliation du premier rencard via site de rencontre, je me dis qu'il ne fallait pas se laisser refroidir par la honte. Qu'il faut battre le fer quand il est chaud. Qu'il faut de suite remonter à cheval après une chute. Et tout en tas de conneries pour me convaincre que le deuxième, ça sera le bon.

 

Mais je prends quand même le temps de le choisir un minimum (même si mes critères de sélection ne sont pas particulièrement aiguisés). Je ne fonce pas tête baissé à sa rencontre dans un pub. Je ne craque pas sur le premier mec à m'envoyer un message vaguement original.

Après quelques (dizaines) de mails échangés avec un charmant orthophoniste, il me donne son pseudo messenger histoire que la discussion soit plus fluide ( parce que oui, on discute! Et ça se passe plutôt bien d'ailleurs). Et son pseudo se trouve être son nom collé à son prénom. Je me dis que soit il n'a vraiment peur de rien et n'a rien à caché. Soit c'est il est un peu simplet. Je réfléchis. Un mec qui n'a rien n'a caché n'existe pas, il doit être simplet. Je trouve, sans grands efforts donc, sa page Facebook et l'espionne, comme il se doit, sans trouver rien d'exceptionnel. Pas de photo avec des greluches ( quand on est en mode prédatrice, tout autre personne de sexe féminin devient une greluche) pendues à son cou. Pas de photo de lui en train de vomir. Ou en train de dormir dans son vomi. Quelques photos de repas entre amis, d'anniversaire en famille et de promenades en pleine nature. Ca sent le grand air. Monsieur m'a l'air bien sain. Et en fait, totallement différent de tous les énergumènes avec qui j'ai pu sortir. Il est plutôt petit, mince, rasé de près, chemise propre. Faut se calmer, Bibi, et arrêter de lui jeter des fleurs. Puis d'abord, il a presque l'air un peu trop propre, à bien regarder. Et il est inscrit sur un site de rencontre, c'est un looser, juste autant que moi. Si ça se trouve, il a même des tares, des trucs immondes entassés dans l'obscurité des ses placards.

 

Après quelques semaines, il m'invite à passer la soirée chez lui. Comme je suis une fille censée, je lui dit oui.Mais je téléphone à ma meilleure amie, pas du tout alarmiste, en lui expliquant que si je ne lui ai pas donné signe de vie d'ici quinze jours, elle peut prévenir la police qu'il faut venir me chercher, mais je ne sais pas trop où, parce qu'en fait, je sais même pas où il habite. Comme ça, c'est clair. Adieu.

 

De-la-prediction-d-un-profil-psychopathe-sur-Twitter_w314_h133

 

 

Un peu plus tard, elle m'envoie un mail pour me rappeler, qu'effectivement, je suis folle, et pour me faire partager un lien internet. Je clique et tombe sur un site fabuleux : «Comment réussir un premier rendez-vous quand on s'est connu sur un site de rencontre». L'article est tout bonnement incroyable. Il donne tout une liste d'échappatoires, au cas où l'autre serait un monstre non-conforme à la photo du profil, dont le fameux «je dois y aller, j'enterre ma grand-mère ce soir. Oui, c'est en nocturne.». Ainsi que de très judicieux conseils d'attaques destinés aux hommes. Passez une mèche de ses cheveux derrière son oreille en lui disant qu'elle a de beaux yeux. Si elle rougit ou regarde ailleurs, c'est dans la poche. Ils auraient pu préciser que si elle explose de rire, c'est le moment de rentrer chez leur mère. Demandez si elle croit aux lignes de vie, prenez sa main (bravo, vous venez t'établir un premier contact physique) et après un petit moment de réflexion ( mais pas trop long) faites remarquer que sa ligne d'amour est très longue. Si elle n'a pas repris sa main, vous pouvez tenter de l'embrasser. Bizarrement, je remarque qu'il n'est nullement fait mention de ma technique qui consiste à se vautrer sur un canapé, à moitié saoule, et en mini-jupe. La vie est pleine de mystères.

 

Il n'a pas le permis (enfoiré). Je n'ai (toujours) pas le permis. Comme il habite à une vingtaine de kilomètres, je décide d'aller chez lui en train et il m'attendra à la gare. Sauf que ce jour-là, il neige. Un train est annulé, un deuxième et encore un. Il commence à faire tard mais il dit que ça ne le dérange pas. Puis je me rends compte que si je prends le prochain train qui passe, je n'aurais aucun train pour le trajet retour. Pas avant le lendemain matin. J'hésite deux minutes. A qui je mens ! En fait, je n'hésite pas, saute dans le train et me dis que je n'aurais qu'à faire la naïve quand il me demandera à quelle heure je rentre. Oh noooon, il n'y a plus de train... j'vais être obligée de dormir dans tes bras, comme c'est balo...

 

Il m'attend sur le quai. Il est mignon et prévoyant. On entre dans un bar. Je rêve d'une bière. Il prend un chocolat chaud. Je prends un chocolat chaud.

Puis commence l'insoutenable. Il me fixe, me regarde droit dans les yeux. Sans cligner. J'ai envie de me gratter le nez mais j'ose pas. On dirait qu'il attends quelque chose mais je ne saisis pas bien quoi. J'avale mon chocolat trop chaud de travers ( on a jamais ce genre de problème avec la bière). Il me regarde m'étouffer. Là, je me pose LA question: Pourquoi suis-je débile? Pourquoi j'ai cru que ça serait super romantique et que j'allais tomber amoureuse? Et surtout: Pourquoi j'ai pas de train pour rentrer chez moi? La réponse est inscrite en néon sur mon front: Parce que je suis désespérée.

J'avais presque oublié, tiens! Bon, je prends sur moi et je lui laisse le bénéfice du doute. Ca se trouve, il est juste hyper stressé. Je le fais parler, je lui pose des questions sur son job, sur sa famille, sur ses lectures...Je sais tout sur lui, il ne m'a pas posé une seule question. Ne pas se vexer, c'est peut-être encore le stress, pauvre garçon.

Il propose qu'on aille chez lui. Il paie l'addition ( j'ai fait l'effort de venir, c'est la moindre des choses, merde) et on part. Arrivés à son appart ( qui fait un peu peur : et sinon ils sont où tes meubles?), il m'offre une bière et c'est reparti pour le long silence. Round 2. Je finis ma troisième bières (la neige, ça déshydrate) qu'il joue toujours à arracher l'étiquette de sa première. D'un coup, il approche sa chaise de la mienne et demande à voir ma main. Intérieurement, je repense au mail de ma copine. S'il lit les lignes de ma main, j'explose de rire. Il dit que ma ligne d'amour est particulièrement longue. Intérieurement, je pleure. Il me tire vers lui et m'embrasse. Oh et puis merde.

 

On finit dans sa chambre sans trop savoir comment.Attention scène de sexe. J'ai à peine enlevé mon pull que je le vois se tenir fièrement devant le lit en caleçon et chaussettes. L'homme qui se déshabillait plus vite que son ombre. Très bon combo, d'ailleurs, le caleçon-chaussettes. J'essaie de me convaincre que ce n'est pas grave. Au point où on en est, de toute façon. Je le rattrape malgré mon considérable retard, et ça y est, on y est, tous les deux, à moitié à poil sur le lit. On s'embrasse encore un moment puis monsieur décide d'enlever ma culotte. Commencent alors, les fouilles archéologiques, la palpation vulvaire, le trifouillage vaginal. J'ai l'impression d'être chez le gynéco. Si je le voyais sortir un casque de spéléo de sous son lit, je ne serais pas si étonnée que ça. Je le laisse jouer un moment puis décide des prendre les choses en main (c'est le cas de le dire). Je m'approche du caleçon et ne trouve rien. La chose est presque absente, molle et recroquevillée, perdue dans les plies du tissus. Encore une fois, je me le répète, au point au on en est, merde, c'est pas le moment de flanché. A bon entendeur. Je me met au dur labeur. Je masse, je tâte, je titille mais rien n'y fait. Il finit par dire qu'il n'y arrivera pas et se rhabille. Attention fin de la scène de sexe.

 

Je laisse échapper que c'est bien con quand même. C'est pas comme si je devais préserver son ego et puis, au point où on en est, c'est plutôt très sûr qu'on ne sera jamais ni ami, ni amant.

 

On retourne dans le salon. Je me rappelle que je n'ai toujours pas de train pour rentrer. Je me sers une nouvelle bière. Trois heures et quatre tentatives de suicides mentales ratées plus tard, on va se coucher. Cet enfoiré n'a pas de canapé, je reste toute habillée dans le lit à côté de lit, au dessus de la couette. Je n'ai absolument plus aucune envie d'être là.

 

Dès qu'il s'endort, je passe en mode ninja et sors du lit sans faire grincer le sommier. Je rassemble mes affaires sur la pointe des pieds et me dirige vers le couloir. Merde. Il a enlevé les clés de la porte d'entrée. Quelle personne ne laisse pas les clés sur la serrure quand il rentre chez lui, putain? Mi-ninja, mi-Arsène Lupin, je commence à fouiller son appartement à la recherche des fameuses clés. Mais je ne trouve rien d'intéressant. Enfin ça dépend de ce qu'on entend par «intéressant». Parce que, ce que j'ai trouvé dans le tiroir de son bureau, c'était particulièrement fascinant. Je n'ai finalement jamais réussi à ouvrir cette foutue porte d'entrée mais ça m'a donné suffisamment de motivation pour me décider à sortir par la fenêtre de la cuisine. Je n'ai aucun mérité, on n'était qu'au deuxième étage. Puis trouver des photos de soi, imprimées de son profil Adopte, accompagnées de plein ( et quand je dis plein...) de photos d'autres filles sous leur meilleur profil, ça aurait donné des ailes à n'importe qui!