Les petites culottes en dentelle.

Le porte-jarretelles, les jours de fêtes.

Les jupes courtes ou les mini-shorts. Même s'il fait froid.

Les cheveux relevés qui dégagent la nuque. Ou qui tombent en cascade et l'amènent jusqu'au bas de mon dos.

Ma petite robe bien décolletée.

Mes talons hauts.

Perdre du poids. Faire des abdos. Avoir un ventre plat.

Mettre plus de maquillage.

Mettre moins de maquillage.

Des heures dans la salle de bain.

Etre parfaite, tout le temps.

 

Et tout ça, pour que finalement il m'annonce que "c'est pas toi, c'est moi".

Il n'a pas envie de moi, c'est tout. Ou plutôt, il m'a plus envie comme avant. Mon meilleur amant, toute catégorie confondue. L'homme que j'aime. Avec qui je fête nos 2 ans ce soir, rechigne à faire l'amour. A ME faire l'amour.

Il n'aurait pas dû me laisser acheter du champagne, ça me rend entreprenante. J'ai dû proposer une dizaine de fois, au cours de la soirée: " si tu te déshabilles, je me déshabille". Oui, je dois être folle à aimer voir mon amour nu. A aimer l'embrasser tout le temps, partout, et à aimer lui faire l'amour. Parce que lui, n'en a tout simplement plus envie.

Mais ça ne change rien, il a dit. Il m'aime. Il me trouve belle. Attirante. Sexy. Pas assez apparemment.

En fin de soirée, je pleure parce que j'ai fini la bouteille de champagne. Celle de saké aussi. Et parce que le coup du porte-jartelle a, une fois de plus, échoué. Il ne m'a pas touché.Il me demande pourquoi je pleure. Je lui demande pourquoi on ne fait plus l'amour. Pourquoi c'est toujours moi qui suis à l'initiative. Pourquoi une fois sur deux, quand je commence à la caresser, il se retourne sur le ventre. Et fait semblant de ne pas m'entendre pleurer, la tête enfoncée dans l'oreiller. Il ne comprends pas que je n'ai rien dit avant, alors que ça dure depuis des mois. Je ne comprends pas que lui, ne m'ait pas dit qu'il n'avait plus envie. Il dit que ce n'est pas un problème pour puisqu'il m'aime toujours. Je pleure parce qu'il ne voit pas que c'est un problème.

Je n'étais pas sure. En fait, ça fait des mois que je me pose des questions. J'ai eu des doutes. J'ai cru qu'il y avait quelqu'un d'autre. J'ai été saoule un peu trop souvent. Je lui ai fait des crises, je lui ai avoué être jalouse. J'ai été ridicule.

J'ai cru que, peut-être, je demandais trop. Et trop souvent. J'ai cru que c'était moi qui avait un problème. J'ai été hystérique.

J'en ai fait des tonnes. J'ai été conne.

J'ai cru que j'étais devenu moche, grosse, repoussante. Je me suis demandé à quel point j'étais un mauvais coup. J'ai été humiliée.

Il y a même des nuits où j'ai cru qu'il ne m'aimait plus.

 

 

la fille horizontale

 

Et puis, à chaque fois, à chaque gueule de bois, à chaque réveil, je ne suis dit que tout ça, c'était dans ma tête. La fréquence, ça ne compte pas. Chacun a son rythme, il est peut-être fatigué ou stressé. Je ne vais pas le forcer juste pour coller aux statistiques. On n'a pas besoin de ça, tout se passe tellement bien. Je ne fais que chercher des problèmes où il n'y en a pas. Et puis, il faut bien avouer que dans le passé, la plupart du temps, les mecs avec qui j'étais passaient leur temps à me baiser, j'ai peut-être pris de mauvaises habitudes.

Mais non, il n'a juste plus envie. "Juste"? Ce n'est pas un "juste" pour moi, Ce n'est pas un détail. Le sexe n'est pas "juste" du sexe. Parce que quand il est en moi, on atteint la perfection. Et que ça soit à cause d'un problème physique, à cause du stress ou tout simplement à cause du temps, ça me rend profondément triste qu'il n'ait plus envie de ressentir ce que l'on ressentait. Il dit qu'il est comme ça, que ça a déjà été un problème avec ses exs et que je ne peux rien y faire. Je déteste qu'il soit résigné, qu'il ait abandonné.

Je me demande si ça va revenir et quand. Je me demande si c'est une fin.

 

On a zappé le gâteau au chocolat. On n'a pas soufflé ses deux petites bougies. On est allé se coucher. Et on n'a pas fait l'amour.