coup d'un soir la fille horizontale

 

 

Il y a deux sortes de coup d'un soir:

 

Celui qui n'est pas programmé. T'es bourrée, tu roules des pelles à un mec qui déboutonne ton chemisier dans un coin sombre du Truskel. Il se frotte contre ta jambe comme un caniche. De ton côté, c'est les chutes du Niagara parce qu'il ressemble à Damon Albarn jeune ( il faut toujours préciser avec Damon, parce qu'il y a deux versions totalement différentes). Du coup, vous finissez joyeusement dans les toilettes.

Bon après vérifications avec les copines, il semblerait qu'il ne ressemble absolument pas à Damon. Ou alors, à Damon moche. Mais c'est pas grave, c'était cool, pour toi ça restera toujours le sosie de Damon qui embrassait super bien. Ou même, si on te fait chier, carrément Damon en personne ( bah pourquoi pas après tout!).

 

damon albarn la fille horizontale

Et il y a le coup d'un soir programmé. Bien préparé à l'avance. Genre «mercredi prochain, rien à foutre, je baise».

Toi, t'y avais pas vraiment pensé, puis un soir, alors que tu déprimes sur Adopteunmec, avec l'envie de te tirer une balle à chaque fois que tu reçois un message qui commence par «hey, ça va? Parle moi de toi!», quand tu reçois un mail totalement différent, qui a le mérite d'un clair, honnête et direct. «On couche ensemble?» Sans trop savoir pourquoi tu réponds «pourquoi pas». Et là, c'est déjà un peu le début de la fin pour ton égo et tu passes en mode «de toute façon, au point où j'en suis...» Et plus rien ne pourra t'arrêter.

robocop

 

Le principe de base semble évident. Et pourtant, n'est pas si facile que ça à appliquer.

Ne pas s'attacher.

Bien sûr que je ne vais pas m'attacher. Je suis pas conne, c'est un coup d'un soir, pas un premier rencard, je vais pas tomber amoureuse. Il y a pas écrit «débile» sur mon front.

 

Non, peut-être pas «débile». Mais «un peu naïve sur les bords», probablement. (J'étais bourré quand j'ai fait ce tatouage).

 

Parce que si tu as besoin d'un coup d'un soir, c'est parce que certaines circonstances son réunies:

  • T'es célibataire depuis un loooong bail

  • Ca fait vraiment très, très longtemps que tu pas eu du bon vieux sexe. Et faire l'amour avec ta main, ça ne suffit plus!

  • T'as douté, parce que «quand même, ça craint pfff... je vais pas faire ça» puis t'es TELLEMENT en manque que tu en es arrivé à la conclusion que non, c'est absolument pas dangereux du tout d'inviter un inconnu chez toi, alors que depuis la pub de prévention flippante sur les pervers du net, tu t'étais jurée de ne jamais dévoiler ton identité sur internet. C'était d'ailleurs un autre principe de base évident. Fuck, t'es pas douée avec les principes de base.

    Une-campagne-publicitaire-pour-prevenir-les-mauvaises-rencontres-sur-le-net

     

    Soit tu l'as choisi beau. Soit tu l'as choisi bof, mais t'es tellement en manque que, de toute façon, tu vas finir par lui trouver du charme. Bref, t'es dans la merde.

     

    Quand il sonne à ta porte, t'as envie de rire, parce que, putain, il est quand même sacrément plus moche que sur la photo. T'as envie de crier à l'imposture, d' hurler à l'arnaque, de porter plainte pour publicité mensongère. Mais il te renvoit aussitôt à ta situation: tu as la dalle. C'est soit ça ( oui, tu dis même pas «lui», tu l'appelles «ça»), soit se frotter à la porte de ton voisin. Puis au moins avec lui, t'aura pas à te fatiguer à rentrer ton ventre au moment de se foutre à poil.

    Tu le laisses rentrer, tu espères qu'il ne va pas voler ta télé. Tu proposes un truc à boire. Tu enchaines les verres pour oublier un truc qui ne s'est pas encore produit. Avec un peu de chance, tu tomberas même dans les pommes. Tu t'installes sur le lit nonchalament et fous de la vodka sur la couette. Avec un peu de chance, le lit aussi ne se rappellera de rien. Tu penses à Il était une fois («J'ai tellement rêvé fort, que les draps s'en souviiiiiennent»). Tu rigoles toute seule, mais t'as quand même un peu envie de pleurer avec lui.

    Tu mets un film. Tu regrettes de ne pas avoir de porno parce que tu te rends compte que plus jamais tu ne pourras regarder «Une nuit en enfer». Deux ans plus tard, t'as toujours un peu honte quand tu croises les regards de Georges et Quentin sur la pochette poussiereuse du DVD.

    Il s'installe sur le lit à côté de toi. Vous commencez à regarder le film. Il pose sa main sur ta cuisse. Tu ne bouges pas et détruis mentalement toutes ses techniques ridicules de drague. Sauf que ce ne sont pas des techniques de drague mais des techniques de baise. Il s'allume une clope et te crache sa fumée au visage. Tu te tournes vers lui avec l'envie de le giffler sauf qu'il t'embrasse. Bon, ok, ça marche plutôt bien ses foutus techniques. Et là c'est parti, hoop la boom!

    Dès qu'il tente un truc un peu trop osé, tu fais les gros yeux. What the fuck! Emmène-moi au resto, après on verra.

    Il se rhabille avant la fin du film. Bon ben voilà. Merci d'être passé.

    C'était du cul. Peut-être que tu n'aimes pas le cul, en fait. Tu as eu le poids d'un homme sur toi, il t'a embrassé, il t'as même pris dans ses bras. Mais ça s'arrête là. Tu envoies un texto d'auto-persuasion à une copine «Ca y est, je l'ai fait, ahah girl power!»

    AHAHAH

    Ahahah

    Ah ah

     Ah

    fuck la fille horizontale

     

    Plus jamais ça.

    Ah oui, et sinon, deux jours plus tard, parce que c'était les fêtes de fin d'années, parce que j'étais seule, parce que j'essayais de me persuader que ça n'avait pas été aussi pourri que ça, et aussi, probablement parce que je suis pas «débile» mais un peu «naïve sur les bords» quand même, j'ai envoyé baladé le principe de base:

    «Hey salut! Ca va? C'était cool mercredi dernier. Parle-moi de toi... Joyeux Noël avec ta famille!»

     

    Achevez-moi.

     

    Heureusement, c'était un garçon très bien et il ne m'a jamais répondu. Sinon, je serais probablement en train de l'attendre en bas de chez lui avec une pancarte qui dis «aime-moi».